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Le Palais de l'Ombrière

Le Palais de Justice

La Maison de l'Avocat

Le Barreau de Bordeaux à travers l'histoire *

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Ier ou du 2ème siècle après J-C

 Le Barreau de Bordeaux est un des plus anciens de France. Comme dans beaucoup de villes deux fois millénaires, l’activité des avocats y est aussi ancienne que la ville elle-même et se confond avec l’histoire de la Cité. Un des plus anciens bas-reliefs (Ier ou du 2 ème siècle après J-C), retrouvé dans le sol de la ville, ne représente-t-il pas un procès devant un magistrat municipal ?

Le barreau gallo-romain

IVéme siècle après J-C :

 

Ausone. D. Magni Ausonii budigalensis poaeta, Augustorum praeceptoris (Bordeaux B.M. : B.4727 Rés.)(détail)Coll. part.

 Âge d’or de la période gallo-romaine avec l’école des rhéteurs bordelais, professeurs d’éloquence réputés en Espagne, à Rome ou à Constantinople qui exerçaient en même temps l’activité d’avocat. "L'éloquence et les orateurs ont eu rarement d'aussi beaux jours dans l'histoire de Bordeaux : il faudra attendre les parlementaires du XVIIIème siècle et les avocats de la Restauration pour retrouver chez nous une passion oratoire d'une telle intensité" a écrit Camille Jullian.

334 - 337 :

 

La médaille du Barreau de Bordeaux(détail)

 Ausone (310-394) a plaidé avant que d’être poète et grammairien (" nec fora non celebrata mihi ") et de rejoindre Trèves en 367 à la demande de l’empereur Valentinien pour servir de précepteur au jeune Gratien.

 Latinus Alcimus Alethius partageait son temps entre le forum et l’école.

 L’oncle d’Ausone, Aemilius Magnus Arborius, après Bordeaux, plaida à Toulouse, en Narbonaise, en Novempopulanie et jusqu’en Hispanie cistérieure.

 On dit de Minervius, l'un des plus illustres, qu'il ne forma pas moins de mille avocats à Bordeaux, avant d'être appelé à Rome en 353. De lui, Ausone disait : " Dicendi Torrens Tibi Copia " (Tu as l’éloquence du torrent en crue), d’Alcimus Alethius et de ceux qu’il a formés dans l’art de l’éloquence, il écrivit : " Ils vivront éternellement dans la mémoire des hommes ". (Ces deux vers figurent à l’avers et au revers de la médaille du barreau de Bordeaux, créée en 1985.)

358 :

 Le plus célèbre demeure "le grand avocat des Gaules" (Camille Jullian), Attius Tiro Delphidius, dont Ausone devait écrire : "Ton éloquence, célèbre en plus d'un lieu, brilla dans la ville et hors des murs, quand tu parus, tantôt devant le chef de la cohorte prétorienne, tantôt devant les juges des provinces, pour te vouer à la défense de tes clients dont le nom ou la vie était en danger." C'est lors du fameux procès qu'il intenta, en 358, contre Numerius, gouverneur de la Narbonnaise, qu'il accusait de concussion devant Julien, alors "César" en Gaule - vice-empereur - avant de devenir empereur, que Delphidius, s'indignant que son adversaire niât les faits, s'écria : « Et qui donc, illustre César, pourra jamais être coupable, s'il suffit de nier son crime ? — Et qui donc pourra désormais être absous, lui répondit Julien, s'il suffit d'être accusé pour être coupable ? » Cité par Gibbon, le dialogue qui opposa celui que Chateaubriand devait qualifier de "Delphidius célèbre avocat de Bordeaux" à l'empereur devait demeurer aux sources de tous les débats sur la présomption d'innocence et son évocation figure jusque dans la jurisprudence de la Cour Suprême des Etats Unis.(Voir l'affaire Coffin c. Etats-Unis en 1895).

Le Moyen âge

1190

 

 

 Dès le XIIème siècle, le droit s'intéresse au commerce. Les Rôles d'Oléron furent consacrés au transport de vin assuré par des navires qui se rendaient à Bordeaux pour y prendre une cargaison à destination du nord de l’Europe (Flandre, Pays Bas, Allemagne, Angleterre). Ils constituent le premier "code atlantique de droit maritime". Les premières règles ont sans doute été rédigées vers 1190, mais les premiers documents qui soient parvenus jusqu'à nous datent de 1266. Ils comprennent 24 articles puis 38 voire 47 pour les plus tardifs. Ils ont donné naissance au droit maritime moderne. Ils concernent principalement le commerce des vins du port de Bordeaux – qui est cité à six reprises. Mais leur vocation est plus ample "Bordeaux ou ailleurs" ne cesse de scander le texte : Il s'agit des règles relatives au droit maritime qui ont été appliquées sur toutes les côtes d'Europe, de la Méditerranée à la Baltique. Le vin est d'ailleurs la seule marchandise qui soit clairement spécifiée aussi bien dans les textes les plus anciens que dans les compléments ultérieurs où le sel, au contraire, n'est jamais cité. ( The Rolls of Oleron.) ).


Les Rôles ne doivent pas être confondus avec un autre texte plus tardif : le coutumier d'Oléron qui comporte 178 articles. Il a été compilé vers 1235, on le connait par une unique copie datée de 1345. Ces articles complètent ceux des rôles d'Oleron pour la partie terrestre du commerce.

The Laws of Oleron - Articles 20 et 21. Coll. part.

 

1258

 

Au premier plan :, dans l'enceinte du XIIIème siècle, l'église Saint Eloi, la Grosse Cloche et l'hôtel de ville siège du maire et des Jurats. Détail du plan par Chaumas, 1550. Coll. part.

 Dès la fin du XIIIème siècle, on trouve la présence des avocats de Bordeaux dans les anciennes Coustumas de la vila de Bordeu, écrites en langue romane, et composées à dans un dialecte, dont 1'usage parait s'être conservé, à Bordeaux, jusque vers le milieu du XVème siècle. Monument qui résume le droit pénal de la première période anglaise, elles se composent de 242 articles, dont 68 sont relatifs à l'administration de la justice criminelle et quelques autres s'y rapportent indirectement.Dans la version imprimée en 1768, elles font référence à un arrêt de 1258, et le manuscrit des archives de la ville en mentionne un autre de 1351.

 Las Coustumas fournissent des indications préciseuses sur le fonctionnement des juridictions. Que ce soit la magistrature locale : le Prévôt de la ville,(désigné tantôt sous le nom de Prévôt de Bordeaux, tantôt sous celui de Prévôt de Saint-Éloi) qui connaissait de toutes les affaires ou contestations des bourgeois ou habitants de la ville et de la banlieue, tant civiles et criminelle, avec pour juge d'appel,le Maire, président du tribunal de la commune, appelé la Cour de Saint-Éloi, et composé de la Jurade. Ou les représentants de la justice royale : le Prévôt de l'Ombrière, qui tenait ses assises sous les arbres du château de l'Ombrière et exerçait sa juridiction "entre les estrangers complaignants, venants de plus loin que la banlieue de la ville" et le Sénéchal de Bordeaux ou de Gascogne, appelé souvent Châtelain ou Juge des appels, qui tenait au château de Bordeaux une cour solennelle.

 

 L’importance de l’activité judiciaire est attestée par une charte de Philippe le Hardi, datant de juillet 1283 où le prince déclare « faire remise à son « cher cousin et féal Édouard, roi d’Angleterre et duc d'Aquitaine », des amendes auxquelles pourraient » donner lieu les appels interjetés de lui roi ou de ses sénéchaux ou leurs lieutenants, en toutes les terres » qu'il a ou aura en Gascogne, Agenais, Quercy, Périgord), Limousin, Saintonge, de mauvais et faux jugements et pour « défault de droit ». ( On sait qu’à l'origine, c'étaient « les juges mêmes desquels il était appelé », qui encouraient l'amende en cas d'infirmation de leurs sentences ce qui constituait en soi un progrès, sur l’époque où ils se trouvaient plus anciennement de défendre leurs décisions en champ clos et les armes à la main contre les plaideurs mécontents.)

L’avocat le plus ancien connu est Ramon de Léon, dont les anciennes Coustumas de la vila de Bordeu rapporte qu’il a plaidé en l'an du Seigneur 1293. S’il n’y avait pas encore de barreau organisé, il y avait des avocats, déjà soumis à des règles. Ainsi, en matière criminelle, si l’on en croit les anciennes Coustumas, ils ne pouvaient prêter à l'accusé le secours de leur parole, que si le plaignant avait lui-même confié à un avocat le soin de faire valoir ses droits, ils devaient accompagner leurs clients, en même temps que le médecin et le maître armurier, sur le terrain du combat judiciaire. Au nombre des rédacteurs des coutumes des avocats comme Ramon de Léon, Pierre Ramond, Pierre de Listrac, Bernard de Vinhas, Guilhem de la Rue, Hélie de Pomiers, etc.

 

1375

 

 

 De 1375 à 1393, chaque année, à la première audience tenue par la Cour de Saint-Éloi, et après l'élection des nouveaux jurats, les avocats prêtaient le serment de ne prendre aucune cause mauvaise, de ne rien dire qui soit contraire à la coutume, à leur raison ou à leur conscience, mais de les plaider loyalement, sans soulever aucune exception frustratoire, comme de ne rien faire qui porté atteinte à la juridiction du maire et des jurats. (La formule de ce serment solennel nous est parvenue entière dans le Livre des Bouillons de la Ville de Bordeaux).

Serment des Avocats de Bordeaux. Coll. part.

Le Parlement de Bordeaux

Ressort du Parlement de Bordeaux. Source : Gallica
Le ressort du Parlement.

1462

 

 

 

 En signant en 1462, l'acte de naissance du Parlement de Bordeaux, déjà promis par Charles VII en 1451, lors du retour de l'Aquitaine à la Couronne de France, Louis XI a consacré indirectement la création du Barreau de Bordeaux. Le 12 juin I462, Louis XI consomma par ses lettres patentes, données à Chinon, l'exécution de cet établissement. Le Parlement de Bordeaux entra en exercice le lendemain de la fête de Saint-Martin de cette même année.

 

 

Le Palais de l'Ombrière

 L'audience solennelle d'ouverture a lieu dans l'antique Palais de l'Ombrière dont le nom "Castrum Umbrariae", venait de l'ombrage que faisaient, sur la place qui est au devant, des arbres en avenue et sous lesquels autrefois le prévôt rendait la justice, le 12 novembre 1462.

 

 

 Cette date marque la naissance du barreau et figure au bas de l’avers de la Médaille. En effet, le barreau s’est organisé à partir de cette date sur des bases qui ont perduré jusqu’au début du XXème siècle. La Confrérie deviendra un siècle plus tard la Compagnie, puis l'Ordre des Avocats. Le plus ancien inscrit est le doyen, et deux syndics sont, chaque année, désignés par le Parlement et pris dans une liste de six candidats, composée de trois anciens avocats- choisis dans la première moitié des inscrits, et de trois autres relevés dans la deuxième moitié. Le 19 mai de chaque année, la fête de saint Yves, patron de la Confrérie des avocats et procureurs, était la fête du Palais tout entier.

Guillaume Le Blanc et la "commune de Guyenne "

Au début du XVIème siècle, il y avait 62 avocats inscrits au tableau et 85 procureurs au Parlement. Parmi eux des noms qui unissent ma magistrature et le barreau, en 1538 on cite outre Guillaume Le Blanc, François Ranconnet, Bernard de Laburthe, Richard Duplessis, Pierre Essenault, Guillaume de Bourdeaux, François Maleret, François de Malleville, Jean de Lange, Pierre Métivier, Baulon, du Noyer, Le Berton, Gaufreteau, Belcier, et bien d'autres encore. Aussi fortuitement que la défaite anglaise avait favorisé la naissance d'un Barreau organisé, une révolte contre la gabelle va projeter un de ses membres à une place de choix dans l'administration et la reconnaissance de ses concitoyens. Encore serait-on tenté de dire, que l'impôt sur le sel, fortement impopulaire en Guyenne, dans les dernières années du règne de François Ier, et dans les premiers mois de celui d'Henri II, ne fut sans doute qu'un prétexte et non un motif de l'Insurrection. Le retour de Bordeaux, anglaise cent ans plus tôt, dans le giron français ne présentait-il pas des racines encore fragiles ?

1548

 La révolte s'étend à toute la Guyenne. A Bordeaux, des violentes émeutes ont lieu et le peuple en armes saccage les maisons des représentants du parlement de Guyenne et tuent plusieurs personnes dont lieutenant général du roi, Tristan de Moneins,
Les magistrats de Bordeaux écrivent au roi pour l'avertir et pour expliquer que ces émeutes ont été provoquées par la malhonnêteté des gabeleurs. Le roi envoie deux armées à Bordeaux pour remettre de l'ordre.
Une répression sauvage menée, sur ordre du Roi, par le Connétable de Montmorency s'ensuit. Nul n'y fut épargné, pas même les Jurats soupçonnés de complaisance. Bordeaux y perdit ses franchises, son administration municipale, et son Parlement, interdit.

 

1550

 Guillaume Le Blanc est le plus célèbre des avocats bordelais du XVI-siècle; son nom ouvre la liste des orateurs et des jurisconsultes qui ont fait la réputation du barreau de Bordeaux. On ignore la date de sa naissance et celle de sa mort. Il naquit en Saintonge, mais il appartenait à une famille bordelaise: son père, Itey ou Itier Blanc, était un riche marchand de la paroisse Saint-Michel, qui fut jurat en 1515 et en 1523.

 En 1542, lorsque les ordonnances sur la gabelle avaient causé en Saintonge un soulèvement à la suite duquel les habitants furent accusés de rébellion : ils choisirent pour défenseur Guillaume Le Blanc qui plaida avec succès leur cause à La Rochelle, le 1°- janvier 1543, devant François Ier. Élu jurat en 1548, quelques jours avant la révolte dite de « la Gabelle », Le Blanc se trouva ainsi chargé de défendre la Cité devant le connétable Anne de Montmorency qui était venu châtier la rébellion et. faire le procès à la Ville. Alors qu'il ne restait plus d'autre parti que la soumission dans la servitude, la ville trouva cependant un ultime recours, en confiant à un Jurat, Guillaume Le Blanc, " Avocat à la Cour du Parlement ", considéré comme le "meilleur" de son temps, la charge de plaider et d'obtenir du trône un pardon pour la ville démantelée. Son plaidoyer ne put désarmer l'inflexible Connétable.

Mais, un an plus tard, député par ses concitoyens auprès du roi Henri II pour solliciter leur pardon et le rétablissement de leurs privilèges, le Roi, bien qu'il fût juge et partie en cette affaire, n'en accordât pas moins un pardon qui arrachait la ville aux extrêmes rigueurs du châtiment, « il parla avec tant d'éloquence que le prince consentit à restituer les Bordelais en leur honneur et bonne renommée ». Jamais avocat ne fût plus cher au cœur de ses concitoyens que Guillaume Le Blanc dont le haut fait a scellé le lien du Barreau et de la chose publique, en même temps qu'il inaugurait la geste des amours tumultueuses de Bordeaux et de la Monarchie. En 1560, Le Blanc assista aux États Généraux d'Orléans en qualité de député de la ville de Bordeaux.

 Guillaume Le Blanc, seigneur de Courcoury et de Polignac, en Saintonge, du Puy de Gensac, dans la paroisse de Pellegrue, devint conseiller du roi de Navarre et maître des requêtes ordinaires de son hôtel. Protestant, il faillit périr dans le massacre des Huguenots a Bordeaux, le 3 octobre 1572. Il eut de nombreux enfants, et sa descendance a fourni des conseillers au parlement de Bordeaux jusqu'à la Révolution.

 

 Bernard de Laburthe, contemporain et ami de Guillaume Le Blanc, fut à ses côtés et avec Jean de Lange l'un des maîtres de la barre les plus brillants et aussi un jurisconsulte de grand savoir. Né en Armagnac, à une date inconnue, il fut élu jurat en qualité d'avocat en1546. Après la révolte de 1548, on le trouve parmi les rédacteurs de la supplique que les Bordelais voulaient envoyer à Henri II, et il fut avec son confrère et ami Guillaume Le Blanc un des quatre députés choisis pour aller la présenter au roi. Plus tard, c'est aux côtés de Le Blanc qu'il siégea aux États Généraux d'Orléans où tous deux représentaient la ville de Bordeaux. Comme Le Blanc, il était conseiller du roi de Navarre et maître des requêtes ordinaire de son hôtel.

Il était allié avec plusieurs membres du Parlement, en particulier avec le conseiller Charles de Malvyn. Le nom de Laburte fut après lui représenté au barreau par ses fils Jean et Daniel. Il dut mourir en 1580 ou 1581.

Jean de Lange naquit à Bordeaux; on ne sait en quelle année mais par un acte où figure sa veuve nous savons, qu'il ne vivait plus en février 1581. Il était avocat au Parlement lorsqu'il fut élu jurat en 1547. Il fut mêlé aux événements de 1548, et fut un des rédacteurs de la supplique que les Bordelais envoyèrent à Henri II pour solliciter leur pardon. Député aux États Généraux d'Orléans par le Tiers-État, de Guyenne, il fut choisi comme orateur de l'Ordre, et prononça, le 1er janvier,1561, devant le jeune roi Charles IX, sa Harangue du peuple et du tiers-état de toute la France au Roy très chrestien Charles neufième, tenant ses États généraux en sa ville d'Orléans, le premier jour de janvier 1560. D'après le portrait qu'en a fait Gabriel Delurbe, c'était un bel orateur, au front élevé, à la voix puissante, à la parole vive et acérée. Les écrits de l'époque le représentent comme un esprit remuant et exalté.

 Pierre Métivier, avocat au Parlement dès 1560, reçu bourgeois de Bordeaux le 19 décembre 1571 et élu jurat en 1574, fut chargé d'aller à Lyon pour présenter les «soumissions de la ville» à Henri III, qui faisait son entrée dans son nouveau royaume. Pierre Métivier, que la Chronique Bourdeloise qualifie de « grand et scavant personnage », fut député aux États Généraux qui se réunirent à Blois le 16 octobre 1588. Il revint à Bordeaux après l'assassinat du duc de Guise (23 décembre), où il devait être à son tour, assassiné en février 1589, victime des discordes religieuses.

 

 

Pierre de Brach 1547-1605. Coll. part.

A côté des orateurs, le barreau produisit des écrivains, et la mémoire de certains d'entre eux, à des titres divers, est parvenue jusqu'à nous. Ainsi en est-il de Pierre de Brach, (1547- 1605), qui partit apprendre la jurisprudence à l'Université de Toulouse, que l'enseignement de Cujas rendait alors célèbre. Jeune poète, il y fut, vers 1567, honoré du prix de l'Églantine presque dans le même temps où Ronsard recevait, lui, une Minerve d'argent massif, l’académie des jeux Floraux " estimant l'Églantine trop petite pour un si grand poète ". De retour à Bordeaux, il devint avocat.

 Pierre de Brach avait traduit le Tasse et l’Arioste. Il connaissait les littératures latine et italienne, comme nombre de ses pairs. Il eut des amitiés illustres : Guillaume de Salluste du Bartas, auteur de la célèbre " Semaine ", Montaigne, dont il fut l’intime, et à propos de la mort duquel il écrivit sa célèbre " Lettre sur la mort de Montaigne ", ainsi que les meilleurs esprits, les grands savants et les poètes du xvie siècle, et entre autres : Ronsard, Jacques Pelletier, Pasquier, etc

La faveur de Marguerite de Navarre lui servit à obtenir, en 1577, l'office de conseiller du roi et la charge de Contrôleur en la Chancellerie de Bordeaux.

 Selon la Chronique bordeloise de Jean de Gaufreteau, les "cinq plus fameux advocats de qui fussent à Bourdeaux en ce temps-là" (1570), étaient " Galopin, Langalerie, Chimbault, Le Recteur et Sainct-Angel ". Jehan Géraud de Langalerie ( 1532-1609) qui a marqué le Parlement de Bordeaux de 1550 à 1590, fut le premier à défendre les réformés, et notamment leur droit de se réunir lors de séances houleuses à la Maison de Ville, évoquées par Dom Devienne. La renommée de Romain de Chimbaud de Filhot et d'Elie de Saint-Angel franchira le XVIème siècle.

1594

Les avocats du XVIème siècle illustrent la tradition des chroniqueurs de l'histoire de la ville que devait reprendre Bernadau au XIXème. Gabriel de Lurbe, (…- 1613), qui fut en 1572, procureur-syndic de la Jurade et anobli en 1589, publie en 1594, la Chronique bourdeloise - le premier travail entrepris sur l'histoire de Bordeaux - qui connaîtra deux éditions en latin et une en français, et que continuèrent après lui d'autres avocats, Jean Darnal, en 1619 (pour la partie 1594-1619), puis Jean de Ponthelier, à partir de l'année 1620 (1672) et Clément Tillet, qui reprit l'ouvrage à partir de 1672 jusqu'en 1701, puis refondit ses recherches et celles de ses trois devanciers, en y ajoutant une suite jusqu'en 1716.
Son fils, Isaac de Lurbe, fut un des avocats les plus appréciés de son temps. Jurat, il remplaça en 1594 son père comme procureur-syndic.

Dans un tout autre style, Jean de Loyac, né à Tulle vers 1560, avocat à Bordeaux dès les débuts du règne d'Henri IV, qui, en décembre 1598, fut député par la ville près du roi pour réclamer l’abolition des subsides imposés sur les ports de la Guyenne pendant La Ligue, a célèbré les mérites du barreau de Bordeaux, « barreau aussi abondant en fameux jurisconsultes, graves & éloquants orateurs, prudens politiques, bons françois, telles sujets de leur Roy, & autant ardans en l'amour de leur patrie, que autres de leur profession, qui soyent en parlement de France ». Il devait être récompensé par une charge de conseiller au Parlement de Bordeaux en 1606 et publier une adresse au roi Louis XIII : L'Euphème des François, et leur Homonée (L'Honneur et leur renommée), en l'observation de l'Edict du premier d'octobre mil six cens quatorze, faict par le très chréstien roy de France et de Navarre Louis XIII du nom publié chez S. Millanges, en1615.

La rédaction des "Coutumes"

1621

Les Coustumes Generalles de Bordeaux par Bernard Automne- Première édition 1621. Coll. part.

 Las Coustumas de la vila de Bordeü n’ont jamais été traduites en français. Sous Louis XII, le premier président du parlement de Guyenne, Pierre Mondot de la Marthonie (1466-1517), travailla à la rédaction des Coutumes de son ressort. Mais il n'eut pas le temps d'achever sa tâche, car - proche de François Ier - il fut appelé à la tête du Parlement de Paris en janvier 1515 et fut chargé de l'administration du Royaume par la régente Louise de Savoie pendant la première campagne d’Italie. François de Belcier ( 1520-1544), qui lui succéda comme premier président, reçut en 1520 de François Ier l'ordre d'achever son œuvre.

 Pour la première fois peut-être depuis la conquête française, les Trois-Etats de la Sénéchaussée de Guyenne s’assemblèrent le 7 février 1520. Le travail ne fut terminée qu’en 1527, et les Coutumes parurent alors sous le titre plus moderne de « Coutumes générales de la ville de Bordeau, sénéchaussée de Guyenne et pays bourdeloys». Ce sont elles que commenteront Ferron (1544), Automne (1621), Dupin (1728), et les frères Lamothe, eux-mêmes qui les publieront en 1768.

 Bernard Automne (1574-1666), avocat au Parlement, rédige les Coustumes Generalles de Bordeaux. Jusqu'alors elles avaient fait l'objet de plusieurs tentatives de rédaction depuis le règne de Louis XII et de François Ier, dont les commentaires d'Arnauld de Ferron (1515-1563), conseiller au Parlement. Les Commentaires d'Automne seront plusieurs fois publiés après sa mort.

 

1647

 Mais la postérité à conservé davantage le nom d'Estienne Cleirac, avocat à Bordeaux (1583-1657), auteur des Explication des termes de Marine (1636), des fameux « Us et coustumes de la mer », divisées en trois parties. I de la Navigation. II Du Commerce Naval & Contracts Maritimes. III De la Jurisdiction de la Marine. Publié chez Guillaume Millanges, en 1647 à Bordeaux, avec un « Traicté de termes de Marine, & règlemens de la Navigation des Fleuves & Rivières ». L'ouvrage, traduit en anglais et en hollandais et plusieurs fois réédité, y compris à Rouen en 1671 est considéré comme la source du droit maritime français et à fait autorité jusqu'à la fin du XVIIIème siècle. et contient également un passage sur la pêche à la baleine. Dans un des chapitres, « Première découverte de l'Amérique par les Basques »), Cleirac affirme que les Basques ont découvert Terre-Neuve et le Canada cent ans avant Colomb, et que c'est un pilote de Terre-Neuve qui lui en révéla l'existence. Thomas Jefferson qui en possédât un exemplaire de la seconde edition revue et augmentée de 1661, le considérait comme un ouvrage de référence.
Sa renommée fut telle qu'à cette édition bordelaise de 1661 fut ajouté un sonnet à l'auteur :
Pour voir de l'Océan les merveilleux abymes
Nous n'avons jamais eu qu'un chemin obscurcy
Mais ton phare, Cleirac, nous manifeste icy
De ce vaste élément les effets plus sublimes.

Cleirac publia enfin Usances du négoce, en 1656, qui contient une des rares représentations des anciennes monnaies de l’Aquitaine.

Us et coustumes de la mer -Edition de 1647

 

 

 Juriste, ingénieur, physicien, avocat au Parlement de Bordeaux en 1664 et érudit, ainsi se présente, à la même époque, César D'Arçons (?-1681). Lui ne s'est aucunement préoccupé de droit et ses confrères ne l'ont guère croisé pendant ses années de profession. S'il s'est signalé en s'intéressant à la mer, c'est pour son ouvrage, décapant même à l'époque, "Le secret du flux et reflux de la mer (publié en 1655), où réfutant catégoriquement l'hypothèse copernicienne de la rotation de la terre sur elle même et se refusant à croire à l'influence de la lune sur les marées, il attribuait le phénomène des marées à un mouvement interne de va-et-vient de la Terre le long de l'axe du monde.
Egalement théologien, d'Arçons a publié un petit ouvrage de quarante pages in-4°, non moins curieux, intitulé "Eschantillon, ou le Premier des trois tomes d'un ouvrage qui fera voir dans l'Apocalypse les traditions apostoliques ou les mystères de l'Eglise, passés, présents et à venir, dédiés au Sacrement de l'Autel" (paru 1658), où il propose une interprétation toute personnelle des chapitres 4 et 5 de l'Apocalypse. Il a donné en revanche une très intéressante et très précise description du Palais Gallien au XVIIème siècle à laquelle historiens et archéologues se sont référés à travers les temps.

 

 

 Non mois original fut, il est vrai, Pierre Trichet, (1586-1644), bibliophile en relations avec des poètes et des savants, qui a publié en 1617 et 1635 une Tragédie de collège et un recueil d'Epigrammes en vers latins. Il possédait un cabinet de curiosités en tout genre, le premier qu'on ait formé à Bordeaux - et collectionnait les instruments de musique. Il est ainsi l'auteur du très savant Traité des instruments de musique, 1640, demeuré inédit jusqu'au XXème siècle mais considéré, de nos jours encore, comme l’une des meilleures sources de connaissance des instruments de musique de l'époque et périodiquement réédité depuis.

 

1651-1653

 De 1652 jusqu'au retour de l'autorité royale en 1653, les avocats se divisent à propos de l'éphémère république gasconne dite de "l'Ormée" du nom d'une promenade de la ville plantée d'ormes où ils se réunirent pour la première fois. 39 avocats figurèrent parmi les Cent & Trente restés fidèles au pouvoir royal et cinq seulement parmi les défenseurs de l' assemblée populaire dont Estienne Cleirac. Pierre de Villars, "avocat remuant et rusé", selon Boscheron des Portes, apparaît en avoir été un des chefs, avec un "solliciteur de procès", dénommé Duretête. Pourtant, il semble surtout avoir outrancièrement joué double jeu ou avoir pour le moins abandonné la cause en temps opportun puisqu'il fut considéré comme un soutien par les deux camps et a reçu à quelques semaines d'intervalles des louages tant du roi que du prince de Condé pour le rôle qu'il avait joué. Duretête fut exécuté.

 

1675

Décisions sommaires du palaisd' Abraham Lapeyrère - édition parue à Toulouse en 1689. Coll. part.

 Abraham Lapeyrère, publie pour la première fois, ses Décisions sommaires du palais, considérées comme une simple compilation qui mais qui fut selon Bernadau, « le répertoire de jurisprudence locale le plus consulté dans le temps ». Au point qu’il en parut six éditions successives, à Toulouse en 1689, et à Bordeaux juqu’en 1807.

 

 

 Dès la seconde moitié du XVIIème siècle, le barreau comptait plus de cent cinquante avocats inscrits, organisés autour de leurs Syndics, choisis dans une liste de six membres, composée de trois anciens et de trois jeunes inscrits au barreau. Il comprenait plus de deux cents membres en 1611, s'il on en croit François de Bonalgues.. Les Plaidoyers et actions graves et éloquentes de plusieurs fameux advocats dit Parlement de, Bordeaux que fit le libraire-imprimeur Gilbert-Vernoy, en 1616, contient des plaidoyers d'avocats demeurés fameux du XVIIème siècle, parmi lesquels outre Jean de Ponthelier et Clément Tillet, François de Bonalgues, Jean de Poitevin, Jean de Malvyn, François de Roquette, qui rima en 1621 des Quatrains moraux et une Ode au cardinal de Sourdis. Il convient de leur adjoindre Daniel de Prièzac,(1590 - 1662) élu membre de l'Académie française en 1639,.Denis de Vielbans, auteur de plusieurs ouvrages juridiques dont un paru sous un titre fort curieux ; Miroir des familles, dans lequel chaque particulier, tant des Ecclésiastiques, que la Noblesse & du tiers Estat pourra voir & reconnoitre le rang qu'il doit tenir avec les prérogatives, honneurs, & preferences qui luy doivent être attribuées.., avec un traité très curieux de l'origine de nos roys, directement depuis Pharamond jusques à présent (1673)..

Déjà une première dynastie du barreau parcourt le siècle : une première dynastie du barreau parcourt le siècle : François, Jacques puis Jean de Fonteneil, tour à tour syndics et Jurats.

L' " Age d'or " classique

De l'Age d'or économique du XVIII ème siècle, date l'éclosion d'un nouveau Barreau et d'une période faste sans précédent.

1708

 Montesquieu est reçu avocat au Parlement de Bordeaux. Cinq ans plus tard, après la mort de son père (1713), il deviendra, en 1714, conseiller au Parlement de Bordeaux puis héritera deux ans plus tard de la charge de Président à mortier de son oncle.

 Montesquieu, président à mortier au Parlement de Bordeaux. Portrait par GARNERAY( fin du XVIIIe siècle).

 

1709

Jean de Seze (1709-1777). Coll. part.

 Naissance de Jean de Seze, (1709-1777), avocat au Barreau de Bordeaux à partir de 1736. Il s'illustre notamment, en 1762, dans le célèbre procès  des Jésuites que le gouvernement voulait réformer et que le Pape déclarait, de son côté, irréformable. En 1763, il refusa d'accepter les fonctions de jurat de Bordeaux, que lui proposait le Maréchal de Richelieu en préférant se consacrer exclusivement à « l'exercice et à l'emploi de sa profession ».Mort en janvier 1777, il avait pu assister au premier succès de son quatrième fils Raymond dit Romain, dont la gloire allait éclipser la sienne.

 

1711

 Naissance de Joseph Duranteau dit "le Grand" (1711-1790). Il sera le dernier Doyen de l’Ordre de l’Ancien régime. Duranteau devait rester célèbre dans la mémoire se ses confères bordelais pour sa réplique à un avocat général qui, pour le faire taire après ses réquisitions, lui avait lancé : « On ne parle pas après les gens du roi! » - « On plaide après les gens du roi, répondit Duranteau, lorsqu'ils ont dénaturé la question à juger; on plaide après les gens du roi, lorsqu'ils cherchent à déshonorer un fils auquel son père a pardonné.»

 

1723

 Pierre Dupin (1681-1746), originaire de Tartas, est reçu avocat à Bordeaux mais, le premier président lui "ayant donné qulques sujets de mortifications"(Lamotte), il quitte le barreau en 1725 pour se consacrer à une nouvelle rédation des coutumes et publie en 1728 chez Etienne Labottière une Edition du Commentaire d'Automne puis une véritable table analytique rendant accessible les commentaires de Ferron et d'Automne, la Conférence de toutes les questions traitées par M. de Ferron, par ordre alphabéthique, avec le Commentaire de M. Bernard Automne", parue après sa mort en 1748 chez l'imprimeur J.B. Lacornée..

 

1749

 En 1749, à la suite d’une sanction contre un avocat qui avait plaidé contre un magistrat de la Cour, le barreau décide que les syndics seraient supprimés, et qu'à l'instar du barreau de Paris, celui de Bordeaux placerait à sa tête un bâtonnier. Le premier bâtonnier élu est Me Grenier, qui fut chargé par la Compagnie de se rapprocher du Parlement, et d'obtenir que la décision de justice qui avait atteint leur confrère fût enfin rabattue..

 

1750

 En janvier I750, sur les réquisitions du procureur général, le Parlement annule la délibération prise par les avocats, et refuse aux avocats le droit d'organiser leur Compagnie sur. le modèle de celle de Paris en mettant un bâtonnier à sa tête. Durant dix huit mois, la crise se compliquant de questions de politique et de personnes jusqu'à paralyser l'administration même de la ville.

 

1752

 Le 28 avril 1752, un arrêt de la Cour exigea que les avocats qui désiraient exercer leurs fonctions "en la Cour" se fassent inscrire sur un remis au parquet des Gens du Roi. Le 2 juin 1752, une assemblée générale de l'Ordre délégua six avocats qui firent soumission au premier président et le lendemain, tous les avocats revinrent à l'audience. Trente deux avocats se firent inscrire sur le Tabeau arrêté le 30 juin 1752 par les syndics Saint Martin et Duboucheron. Selon le tableau arrêté le 13 janvier 1754, le barreau se compose de 123 avocats et de 143, l'année suvante.Le "Doyen" est alors Jean-Nicolas de Lisleferme qui a plus de cinquante annéee d'exercice professionnel depuis 1699.
L'institution des syndics va se perpétuer jusqu'en 1790, époque où l'Ordre sera supprimé.

Le premier tableau des avocats de Bordeaux en juin 1752

 

 

Guillaume Brochon (1729-1814) en costume de Jurat-Avocat, fonction qu'il exerça de 1784 à 1786. Coll. part.

 Dans sa deuxième moitié, le XVIIIème siècle a consacré outre les talents de Jean de Sèze et de Joseph Duranteau, dernier Doyen de la Compagnie de l'Ancien Régime, celui de Guillaume Brochon (1729-1814), juriste de haute lignée en même temps qu'archétype déontologique. Tous trois représentent à la fois le Barreau classique à son apogée, avec ses traditions intangibles, et sa paisible évolution dans une ville parlementaire.

 Ce premier " Triumvirat " ( auquel il faut ajouter un quatrième, Martignac père), a régné sur le Barreau de Bordeaux jusqu'à l'aube de la Révolution, assurant même, par sa descendance judiciaire, une continuité, qui pour de Sèze et Brochon, devait atteindre notre siècle.

 

1768

 Simon-Antoine Delphin de Lamothe (1725-1781) et son jeune frère Alexis de Lamothe entreprennent une nouvelle édition des Coutumes du ressort du Parlement de Guienne. Ils sont les fils de Daniel de Lamothe, doyen en 1763, et célébré comme « l'oracle et l'ornement de la Compagnie » en raison de son habileté, de sa probité, et de son désintéressement étaient cités par ses contemporains. En deux volumes publiés à une année d'intervalle ils entreprennent à nouveau, dans le prolongement de Ferron, Automne, ou Dupin, le vaste travail de compilation des onze coutumes du ressort qui avait occupé les premières années du XVème siècle. Mais avec plus de rigueur et de précision que leurs prédécesseurs, leur méthode consistant à remonter aux sources et à mettre en perspective la coutume au regard des événements, des mœurs ou des faits du temps. Dans ses travaux sur l'ordonnance de 1667 et dans son commentaire de l'ordonnance criminelle de 1670, Delphin de Lamothe, inscrit à dix-neuf ans au barreau, réprouva les procédures sécrètes, les pratiques tortionnaires et réclama la suppression du titre XIX de l'ordonnance, ne comprenant pas c qu'on pût parler autrement de la torture que pour déplorer les abus qui peuvent naître d'une "pratique aussi cruelle dans son exercice qu'incertaine dans ses résultats ».

Coutumes du ressort du Parlement de Guienne des frères de Lamothe (1768 et 1769). Coll. part.

 

1787

(Cliquer sur l'image pour lire: La jurisprudence du Parlement de Bordeaux, avec un recueil de questions importantes agitées en cette cour et les arrêts qui les ont décidées.

 A la veille de la Révolution, Libéral François de Salviat ( 1746 – 1820), conseiller au Présidial de Brive, avant de devenir en 1790, le premier maire élu à Brive par une assemblée démocratique, publie, en 1787, à Paris, chez le libraire Buisson, La jurisprudence du Parlement de Bordeaux, avec un recueil de questions importantes agitées en cette cour et les arrêts qui les ont décidées (Cliquer ici pour lire l'ouvrage), qui répertorie les attestations du barreau, actes par lesquels les avocats du Parlement, convoqués par. les syndics de la Compagnie, authentifient un point de la jurisprudence. Le recueil témoigne de l'importance dans tout le ressort du Parlement du rôle des avocats du barreau de Bordeaux. Toutes les questions traitées dans le recueil sont assorties d'attestations des syndics de la Compagnie des avocats.

 Les consultations ont pour signataires les avocats les plus en vue du temps : Castelnau, Gilet de Blaze, Le Doulx, Beaune, Joseph Mascard (inscrit au tableau en 1701), Jacques-Antoine Galibert (1712), Pierre Brochon (1715), Bernard Destoup (1716), Jeau-Baptiste Cazalet (1716), Yves Tournaire (1719), Charles Dumoulin (1719), Pierre Terrasson(1720), François Fourcade (1710), François Bigorre (1741), Antoine de Brezetz (1724).

Cinq avocats bordelais pour " le jugement de l'Histoire "

1781

 Inscription au barreau de Bordeaux de Pierre-Victurnien Vergniaud (1753-1793). Il y plaidera jusqu’à 1791. Avec Arnaud Gensonné (1758-1793) et Marguerite-Elie Guadet (1758-1794), ils vont donner leur nom aux " Girondins " de la Révolution française et formeront le célèbre " Triumvirat de la Gironde ". En réalité, eux aussi, seront quatre avec Jean-Antoine Laffargue de Grangeneuve (1751-1793).

 

1784

Romain de Sèze (1748-1828). Coll. part.

 En mars, Raymond dit Romain de Seze, fils de Jean, (1748-1828) quitte Bordeaux pour Paris. Il sera l’avocat de Louis XVI devant la Convention. « Son éternel honneur, a dit Prosper de Barante, sera d'avoir été associé à l'événement le plus tristement religieux de notre Révolution. » Arrêté après le procès du Roi, de Seze recouvra sa liberté au 9 thermidor.

 

1790

 Suppression des Ordres. Instauration des " défenseurs officieux ".

 

1791

 En octobre 1791, Vergniaud, Gensonné, Guadet et Grangeneuve sont élus députés de la Gironde à l'Assemblée Législative. Ils seront réélus en 1792 à la Convention.

 

Vergniaud

 

 

 

1837

 Parution de la 1ère édition de l’ « Histoire de Bordeaux depuis 1635 » de Pierre Bernadau ( 1759-1852) contenant des notices inédites sur les avocats de son temps. Avocat, écrivain, annaliste, Bernadau restera une des personnalités les plus controversées du barreau de Bordeaux. Inscrit au Tableau en 1789, il ne figura plus dans les registres après 1811.

Ecrivain prolixe et souvent féroce, il est l’auteur d'Annales dénommées "Tablettes" commencées au début de la Révolution, chronique au jour le jour de la Révolution fourmillant de détails plus ou moins exacts et de jugements impitoyables. Aucune étude de la Révolution à Bordeaux ne peut éluder cette source dont le manuscrit a été acheté par la Bibliothèque de la Ville en 1860.

Très attaché à sa profession d'avocat, même s'il l'exerça peu, il signait les ouvrages de son titre, à l’exception d’un seul « l’Almanach des plaisirs ou répertoire nouveau des jolies femmes de Bordeaux vouées au plaisir public... » signée du pseudonyme de "Paillardini". Mais, pas plus que les auteurs du célèbre « Tariffa delle puttane di Venezia, trois siècles plus tôt, il n'en accepta la paternité. Il a tout fait pour égarer les soupçons non seulement en dénigrant avec ostentation l’éditeur de l’ouvrage mais surtout en accusant d'en être les auteurs, deux avoués au tribunal de la ville Bayle (qui habitait cul de sac des Argentiers) et Mérigot (rue de la Devise ste Catherine). Ce qui pourrait indiquer que l’ouvrage est issu d’une écriture comme d’ expériences à plusieurs mains. .

Pierre Bernadau ( 1759-1852), avocat, écrivain, annaliste. ( Portrait anonyme vers 1848. Coll. part.

 

1841

 Aurélien de Sèze (1799-1870), est élu Bâtonnier, une première fois.

Légitimiste fervent, après avoir été substitut à Bordeaux en 1823, puis avocat général en 1827, il avait démissionné lors de la Révolution en 1830, pour ne pas avoir à prêter serment à la branche d'Orléans.

Elu en 1848, député légitimiste à l'Assemblée constituante, réélu le 13 mai 1849, il devient Président de l'Assemblée législative. Lors du coup d'état du 2 décembre 1851, il est parmi les représentants qui protestent à la Mairie du Xe arrondissement (avec Berryer, Falloux, Barrot, Rémusat, Tocqueville... ), il est emprisonné à la caserne du quai d'Orsay, puis à Mazas, d'où il est relâché huit jours après.

En 1851 (presque en même temps que Dufaure), Aurélien de Sèze a quitté le Barreau de Bordeaux pour le Barreau de Paris, où il sera membre du Conseil de l'Ordre en 1862. Mais en 1865, il revint s’inscrire au Barreau de Bordeaux où il fut à nouveau Bâtonnier en 1868-1869, quelques temps avant sa mort à Bordeaux en 1870.

Albert Noyer. Portrait de J.-P. Aurélien de Sèze (1799-1870). Coll. part.

 

1846

 Inauguration du Palais de Justice. Il abritera la Cour d'Appel, le Tribunal Civil (qui deviendra le Tribunal de Première Instance puis de Grande Instance) et d'autres juridictions.

 

Le Palais de Justice lors de son inauguration

Le Palais de Justice de Bordeaux inauguré en 1846.

1848

 Election au bâtonnat de Jean-Baptiste Roustaing (1805-1879. Disciple fervent d'Allan Kardec, il est le futur auteur de « Spiritisme chrétien ou la révélation de la révélation contenant les quatre évangiles » publié à Bordeaux en 1866 et connu au Brésil - où il est aujourd'hui encore considéré comme une source du spiritisme - sous le titre "Os Quatro Evangelhos". Il consacra la fin de sa vie à des œuvres de charité. A sa mort il léguera au barreau de Bordeaux le somme de 3000 francs pour être « affectée à secourir les avocats nécessiteux ».

 

 1850

 Election au bâtonnat de Guillaume Brochon (1810-1874), petit-fils de Guillaume Brochon et neveu de Louis Brochon (le 13 août 1850).

Réputé pour son éloquence et sa connaissance des affaires, il devient Maire de Bordeaux (nommé) en 1864, après avoir appartenu au Conseil Municipal depuis 1848.

Pendant son passage à la Mairie de Bordeaux, il a entâmé le dégagement de la cathédrale Saint-André, percé le cours d'Alsace-et-Lorraine et la lia-ne des boulevards extérieurs, construit l'église Saint-Ferdinand, la célèbre "flèche" Saint-Michel et les fontaines des places de la Bourse, Fondaudège et du Parlement.

Ami des arts et de la musique en particulier, il fut l'organisateur du recrutement des musiciens de l'Académie de Sainte-Cécile. En conflit avec son Conseil, hostile à sa politique de grands travaux, il se retira volontairement en janvier 1867.

Portrait de Guillaume-Henri Brochon, avocat, maire de Bordeaux (1810-1874). Coll. part.

 

 1851

Pierre Sansas (1804 - 1877)

  Le proscrit de l'Empire.
1851 : Première proscription de Pierre Sansas (1804-1877). Inscrit au Barreau de Bordeaux en 1835, il est un des chefs du parti socialiste en Gironde, membre du Conseil Municipal en 1846, puis adjoint au lendemain du 24 février 1848. Farouche républicain, il défendit la République par l'organe du journal dont il était copropriétaire « La Tribune de la Gironde ». En décembre 1851, il est proscrit après le coup d'état du 2 décembre et déporté en Espagne. Il ne rentre à Bordeaux qu'en 1856 par autorisation ministérielle. Mais il ne reprend la robe que pour deux ans.

1858

 1858. Deuxième proscription de Sansas. Après l'attentat d'Orsini, il est déporté en Algérie en 1858. Il ne rentrera à Bordeaux qu'après l'amnistie de 1859 pour y reprendre sa profession d'avocat. Dans l'opposition républicaine, il participe aux élections de 1869. Polémiste violent, habitué des libelles et autres pamphlets, Pierre Sansas aura avec le Barreau de Bordeaux, qui s'honorera de le maintenir au Tableau au temps de sa proscription, des rapports tumultueux. Parce qu'il contestait avec véhémence la décision d'ajouter leur titre après les noms des anciens Bâtonniers sur le tableau, Sansas n'hésita pas à démissionner en 1868 :"Mon nom obscur ferait évidemment tâche au milieu des anciens Bâtonniers si ingénieusement signalés à l'attention publique. J'ai bien l'honneur de vous saluer. Sansas ». Jugeant, en outre, cette protestation insuffisante, il n'hésitera pas à écrire et à faire imprimer une brochure contre le nouvel usage instauré.

 Nommé Avocat général à Bordeaux le 5 novembre 1870, Pierre Sansas fut révoqué le 2 mai 1871 à cause de ses opinions politiques. Le 23 mai 1871, Pierre Sansas demandait sa réinscription au Tableau, mais le Conseil de l'Ordre exigeait avant d'y procéder, qu'il reniât sa lettre de 1868 au Bâtonnier et son pamphlet. Il n'eut pas le temps de s'exécuter, car il fut élu le 2 juillet suivant député de la Gironde à l'Assemblée Nationale où il siégea comme Membre de la Gauche avancée. Il vota la Constitution de 1875 et fut réélu en 1876. Il a publié divers ouvrages dont "Les origines municipales de Bordeaux". Il devait créer le Musée lapidaire de Bordeaux en 1867 et fonder en 1873 la Société Archéologique de Bordeaux.

 

 1861

Pierre Sansas (1804 - 1877)

  Edouard Delprat (1802 – 1877) : Un bâtonnier sous le second Empire
Arrière-petit-fils d’un négociant de Montauban, qui se réfugia à Zurich, puis à Amsterdam, lors de la révocation de l'édit de .Nantes, Edouard Delprat, né en 1802 à Rotterdam, fut à Bordeaux, avec Edouard Faye, Auguste Vaucher et Isidore Lafon, un des avocats les plus en vue du Second Empire, élu, à deux reprises, bâtonnier de l'Ordre des avocats, en 1846 et en 1861. Féru de littérature et de poésie, il fut l’ami de Marceline Desborde-Valmore et d’ Alfred de Vigny, avec lequel in entretient une correspondance qui a été publiée. C'est lui qui introduisit le jeune capitaine de 26 ans, dans le salon de madame Nairac, à son arrivée à Bordeaux : «Il s'y montra si aimable, si plein des usages du monde et, malgré tout son talent, d'une modestie si sincère, qu'il fit tourner toutes les têtes, à commencer par Mme Desbordes- Valmore." (Léon Séché).

 

1871

 1871 marque la troisième élection au bâtonnat de Barthélemy Lagarde (1795 - 1887). Inscrit au barreau de Bordeaux, en 1821, il se fit vite remarquer comme avocat d'assises et jurisconsulte. Il devait être successivement élu bâtonnier en 1834 et en 1854. Opposant libéral sous la Monarchie de Juillet, il fut, à deux reprises, le candidat malheureux des libéraux à la Chambre des députés. Après la révolution de février 1848, il a été élu représentant à l'Assemblée Constituante, en avril 1848. Il y fut la voix républicaine du barreau de Bordeaux, - Ludovic Trarieux l'appellera "le girondin de 1848" - alors qu' Aurélien de Sèze y était l'organe légitimiste. Battu aux élections du 13 mai 1849 à la l'Assemblée législative, il sera élu en septembre, à la faveur d'une élection complémentaire destinée à remplacer un élu légitimiste, en l'occurence, son confère Ravez décédé .
Rendu au barreau de Bordeaux par le coup d'Etat du 2 décembre, il fut un des membres actifs de l'opposition libérale au second Empire. Il ne quittera jamais le barreau dont il sera le Doyen, jusqu'à sa mort, le 17 septembre 1887. Un monument à sa mémoire a été inauguré, en 1985, dans les locaux de l'Ordre des Avocats au Palais de Justice

Barthélemy Lagarde	(1795 - 1887), trois fois bâtonnier du Barreau de Bordeaux. Médaillon de bronze de Maximilien BOURGEOIS (1879). Monument commémoratif inauguré en 1985 dans le vestiaire des avocats (détail) Ordr. Avoc.

 

1875

 En 1875, Théophile Malvezin (1824-1897), devenu avocat à quarante ans après avoir été avoué au tribunal, publie l’Histoire des Juifs à Bordeaux. On lui dont aussi des publications comme Michel de Montaigne : son origine, sa famille (1875), Le Médoc et ses vins avec Édouard Féret (1876). Il démissionne du barreau en 1877 pour se consacrer à l’administration d'une société commerciale et publie une monumentale Histoire du commerce de Bordeaux, en quatre volumes (1892).

 

1877

1895

1898

Ludovic Trarieux, bâtonnier du barreau de Bordeaux, à l'âge de 37 ans, sera le fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme en 1898

 Election de Ludovic Trarieux (1840-1904), fervent républicain, bâtonnier en 1877.

 Ludovic Trarieux devient Ministre de la Justice.

 Témoin en faveur d'Emile Zola après J'Accuse, Ludovic Trarieux déclare la guerre à l'injustice et à l'intolérance en fondant la "Ligue des Droits de l'Homme et du Citoyen".

 

1899

1911

 Ernest Monis, (1849 - 1929), avocat inscrit au barreau deppuis 1879, est nommé ministre de la Justice du gouvernement présidé par le célèbre avocat parisien, Waldeck-Rousseau. Il demeure à ce titre le Garde des Sceaux qui connut la plus grande longévité de la Troisième République.

En 1911, Monis, devient président du Conseil pour cinq mois.

Il reprit après 1911 sa profession d'avocat à Bordeaux qu'il exerça jusqu'à sa mort et fut président du Conseil général de la Gironde jusqu'à 1919.

Ernest Monis,	(1849 - 1929), le Garde des Sceaux qui connut la plus grande longévité sous la Troisième République.

 

1914

 Le bâtonnier Payen écrit : " Le Barreau de Bordeaux est le plus illustre peut-être de tous les Barreaux de France.

 Election en juin 1914, du bâtonnier Welcome 0'Zoux, auteur de "La Révolution de 1848 et l'Emancipation des esclaves à l'Île Bourbon".

 Mobilisé quelques semaines après, il ne prendra ses fonctions qu'après l'armistice de 1918. Trente-quatre avocats du barreau de Bordeaux sont tombés au cours de la guerre 1914-1918.

Le bâtonnier Welcome 0'Zoux (1865-1926)

De la Tribune au prétoire

Philippe Ferrère (1767-1815)  A ces grands premiers rôles de la vie politique s'opposent ceux qui ont préféré consacrer au prétoire leur courage et leur talent. De ceux-ci chaque époque a distingué les mérites.

 Le passé leur proposait une prestigieuse référence : celle de Jean de Sèze, refusant la Jurade pour se consacrer exclusivement " à l'exercice et à l'emploi " de sa profession.

 La Restauration leur offrit un modèle qui était déjà une éthique : Philippe Ferrère (1767-1815). Seul parmi les avocats de la Restauration, qu'il a pour la plupart formés, il ne fut ni magistrat, ni ministre, ni Bâtonnier de son Ordre.

 Son option personnelle pour la voie judiciaire et sa mort le le 14 janvier 1815, lui interdirent les honneurs publics. Le choix du Procureur général le priva de la consécration ordinale.

 Louis Brochon dit Brochon fils (1779-1850) et Honoré Tessier (1791-1863) illustreront une tradition strictement judiciaire, tandis que, sous le Second Empire, Edouard Faye (1802-1870), Auguste Vaucher (1808-1878) et Isidore Lafon (1810-1890) en seront les dignes épigones.

 Seul, toutefois, le dernier quart du XIXème siècle devait voir éclater une génération susceptible, par son nombre et son talent, de perpétuer la " légende ".

1875

 René Roy de Clotte (1850-1915), Fernand Habasque (1851-1927), ou Aurélien de Sèze II(1850-1921), inaugurent une ère nouvelle du Barreau.

 

 

Leonce Peyrecave (1840-1927)Ordr. Avoc.

 Ils seront suivis quelques années après par Léonce Peyrecave (1840-1927), connu pour son célèbre exorde Fermons les Codes, ouvrons les coeurs et qui a mené la plaidoirie sentimentale à son apogée, moissonnant des acquittements que les jurys ne savaient plus lui refuser, couronnant à quatre-vingt-quatre ans au grand criminel, une carrière vierge de toute peine de mort.

Une de ses causes les plus célèbres est la défense, en 1906, devant la Cour d'assises pour tentative d'empoisonnement sur la personne de son mari, de Mme Canaby, qui devait inspirer à François Mauriac, l'héroïne de Thérèse Desqueyroux.

 

1891

 Troisème élection au bâtonnat d'Etienne-Henry Brochon, (1833-1896) dernier de la dynastie des Brochon au barreau, collectionneur et botaniste estimé, il avait été déjà élu à deux reprises en 1873 et 1881.

Etienne-Henry Brochon, le dernier de la dynastie des Brochon au barreau de Bordeaux

 

1892

Alexandre NICOLAÏ (1864-1952)

 Alexandre Nicolaï (1864-1952) publie l'"Histoire de l"organisation Judiciaire à Bordeaux et en Guyenne et du BARREAU de BORDEAUX du XIIIème au XIXème siècle".

 

1910

 Première parution de « La Tradition du Barreau de Bordeaux". Oeuvre du bâtonnier Roger Brazier (1858-1917), bâtonnier à deux reprises en 1899-1900 et en 1907-1908, familièrement appelé le « Brazier», l'ouvrage codifie toutes les délibérations de principe du Conseil de l'Ordre de Bordeaux depuis 1806. Il reproduisait, en outre, en fac simile, les lettres autographes des plus illustres des avocats de Bordeaux au XIX" siècle. En 1935, l'Ordre décida sa réédition après mise à jour et sa distribution aux jeunes avocats dont ce fut pendant très longtemps le "bréviaire".

Un exemplaire relié fut offert au président Poincaré lors de sa réception par le barreau de Bordeaux en 1913.

Roger Brazier (1858-1917), bâtonnier à deux reprises en 1899-1900 et en 1907-1908

 

1915

  La première femme avocate au barreau de Bordeaux : Cl. Vogée-Davasse (1883 – 1954).
C’est alors qu’Ernest Monis était Garde des Sceaux que fut votée la loi du premier décembre 1900 permettant aux « femmes munies du diplôme de licencié en droit de prêter serment et d’exercer la profession d’avocat ». À Paris, Jeanne Chauvin, titulaire d’un diplôme de docteur en droit, avait dès 1896 vainement demandé son inscription au barreau. Des le 22 novembre 1900, Madame Petit, née Balachovski, avait prêté serment à Paris. Jeanne Chauvin l'a suivie de quelques jours. A Bordeaux il aura fallu attendre plus de 15 ans pour que la première femme apparaisse au barreau.

 Photos de Me Vogée-Davasse, prise en mars 1949 dans les pas perdus du palais de justice de Bordeaux.

 

1930

 Henri-Robert distillait,: Paris n'a pas le monopole des avocats de talent. S'il fallait décerner un palmarès et donner des prix, je pense que la palme reviendrait au Barreau de Bordeaux. Trois avocats ont eu dans la capitale des meilleure vins de France une réputation méritée : Roy de Clotte, Habasque et Peyrecave(photo). (Le Palais et la Ville)

 

Louis Chalès (1882-1956)

1936

 Première élection au Bâtonnat de Louis Chalès (1882-1956), avocat en 1905, il devient dans les années vingt aux Assises le rival bordelais de Peyrecave. Comme lui il connut - le dernier - les honneurs d'un second bâtonnat en 1948. Il devait être l'avocat de Paule Guillou et, en 1952, d'Adrien Marquet.

 

1943

 Manon Cormier (1896-1945), première femme secrétaire de la Conférence du Stage, à Bordeaux, est déportée à Ravensbrück où elle est déclarée "Nuit et brouillard". Elle mourra à son retour, le 25 mai 1945.

Manon Cormier (1896-1945)

 

1944

 Trois avocats ou ancien avocats du barreau de Bordeaux (le bâtonnier René Caillier (1879-1946), Jean Costedoat et Jean Odin ) sont membres du Comité départemental de Libération, le 1er août 1944.

 

1960

Le bâtonnier Jules Ramarony, ancien ministre sous la IVème république et redoutable bretteur à la barre.

 

 Election au bâtonnat de Jules Ramarony (1901-1994). Admis au barreau en 1923, redoutable bretteur à la barre, il avait été en 1944 membre de la délégation municipale. Sous la IVème République, il fit partie à partir de 1945 des deux Assemblées nationales constituantes et des deux premières législatures. Vice-Président de l'Assemblée Nationale, il fut secrétaire d'Etat à la Marine Marchande dans les cabinets Mayer et Laniel en 1953.

 

1967

 Election au bâtonnat de Jean Rozier (1909-1987), l'autre grande figure emblématique du barreau des années soixante. Propriétaire viticulteur du château des Arras, il est un éminent praticien du droit rural et un technicien du droit des vins, dont il écrit et met à jour périodiquement le " Code ". Il perpétue, à Bordeaux, la tradition des avocats au parlement, les châtelains et vignerons, pour lesquels l'usage s'était établi d'interrompre les audiences pendant plusieurs semaines de chaque année en septembre, moment sacré des vendanges. De la réhabilitation du bûcheron Solera, injustement accusé, à l'instruction de Maurice Papon, toutes les grandes affaires bordelaises d'un demi-siècle sont passées par son cabinet. Au procès des Vins de Bordeaux, en octobre 1974, il répondit au président qui lui lançait : " Maître, ici c'est moi qui dirige les débats", sous les murmures et les rires de la salle : "Et c'est moi qui dirige la défense!". Quand il disparaît, en 1987, une page du barreau de Bordeaux est définitivement tournée.

Le bâtonnier Jean Rozier, figure emblématique du barreau des années soixante-dix

 

Le Barreau contemporain 1970-2002

 C'est au cours des années soixante-dix, que le barreau aura connu l'éclosion de la modernité. En 1972, où il accueille en son sein les 30 anciens avoués du ressort du Tribunal de Grande Instance, pour former avec eux par "fusion ", la nouvelle profession d'avocat qui porte les effectifs à 206 inscrits au tableau. Puis, sous effet de l'ouverture des échanges européens et internationaux qui l'amènent à créer une section européenne du barreau en 1979, il entreprend parallèlement de se tourner vers l'Europe (jumelages avec la Law Society de Bristol en 1976, avec le Barreau de Liège en 1978, avec l'Illustre Collège des Avocats de Bilbao en 1980, l'ordre de Casablanca en 1981, la Rechtsanwaltskammer de Munich en 1985, et l'Ordine degli avvocati de Florence en 1987) avant de mettre le cap vers l'est en se rapprochant de Sibiu en Roumanie.

 C'est au milieu des années 1980, fort de quelques trois cents cinquante membres, que le barreau choisit la voie de l'aggiornamento et se tourne vers une tradition novatrice trop longtemps jugulée. C'est le choix du renouveau et de l'exploration de nouvelles contrées juridiques. En 1984, les jeunes avocats de Bordeaux seront les premiers en France à bénéficier de stages auprès de la Cour européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg, et parmi les tout premiers, à la Cour de Justice des Communautés européennes de Luxembourg. En 1989, Me Stéphane Ambry fondera le CRIC (Centre de Recherche, d'Informations et de Consultations sur droits des Enfants) appelé à un développement constant.

1984

2 mars 1984 - Inauguration du buste de Ludovic Trarieux au Palais de Justice de Bordeaux par Robert Badinter, Daniel Mayer et Jacques Chaban-Delmas à l'occasion de la création de l'IDHBB

 

 

Bertrand FAVREAU *

* Textes extraits de "Le Barreau de Bordeaux à travers l'histoire" - Copyright ©2002 Bertrand Favreau and L.P.O. Editions.

 

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